Dans l’ouvrage « Le génie des Alpes valaisannes » (1893), Mario*** te narre comment les ancêtres des Anniviards décidaient du sort de leurs aînés. À l’époque, selon « la tradition légendaire », l’AVS passait par le maniement de la pioche. Sinon ? Ben, tu mourrais enterré vivant.
Au faîte de sa production, Jeanne-Marie-Agathe-Thérèse Trolliet (1831-1895) écrivait dans une quinzaine de journaux. Cette grande bringue, au caractère masculin affirmé et sans mec connu dans sa vie, signait sous le pseudo de Mario***. Enfermée dans son logis sierrois (Maison de Courten, un deux chambres, une cuisine), cette fille de pasteur vaudois alignait les articles célébrant son canton d’origine. Elle descendait des hectolitres de café, écrivait, pondait, signait sans relâche. Une sorte de tribut que payait Marie Trolliet à ses ancêtres issus du Val de Bagnes.

Jeanne-Marie-Agathe-Thérèse Trolliet (1831-1895)
Ses fans la qualifiaient par ailleurs d’ « Homère du Valais ». À pied ou à dos d’âne, Marie Trolliet partait récolter légendes et traditions ancestrales avant que le progrès ne les efface. « Interprète de la poésie rustique des Mazots », elle publie en 1893 l’ouvrage « Le génie des Alpes valaisannes ».
Dans lequel, tu déniches cette petite perle (signalée par mon ami Jean-Louis Pitteloud) :
Le tombeau du Sarrasin
« Il y a quelques années, un particulier de Grimentz (vallée d’Anniviers) en creusant un champ à quelque distance du village, déterra un squelette humain auprès duquel se trouvait une petite pioche. Il fit part de sa découverte à ses voisins qui furent unanimes à déclarer que le squelette mis au jour ne pouvait être que celui d’un « Sarrasin », la pioche trouvée à côté de lui en faisant foi.
Pour l’intelligence de ce récit, il faut savoir que par le terme général de « Sarrasins » les Anniviards entendent parler des premiers habitants de leur vallée ; et ce squelette gisant à côté de sa pioche, n’était à leurs yeux que la confirmation de la tradition légendaire que voici :
Au temps où les Sarrasins possédaient la vallée, les vieillards, que leur âge ou leurs infirmités rendaient incapables de travail, étaient inexorablement ensevelis vivants. Au moment de l’exécution de cette sentence, on les soumettait néanmoins à une dernière épreuve en plaçant dans la fosse à côté d’eux un peu de nourriture et une pioche… Si l’infortuné ainsi calfeutré avait encore la force de se servir de cet outil pour soulever la terre qui le recouvrait, cela constituait pour lui un nouveau bail avec la vie. On le laissait subsister.
Typique, et de couleur locale.
Ce récit se passe de commentaires. Si la légende n’est pas de l’histoire, elle en a du moins la couleur. »
« Le génie des Alpes valaisannes » multiplie les anecdotes du genre et Valais Surprenant se réjouit de t’en déterrer d’autres. La vie même de Jeanne-Marie-Agathe-Thérèse Trolliet méritera en second bonus un autre article car c’est de la bio vif argent et remuante.
Joël Cerutti