Sélectionner une page

Dans les 17 kilomètres linéaires de rayonnages occupés par les archives cantonales, son directeur Alain Dubois a sélectionné dix documents. Pas un de plus. Des choix logiques, parfois surprenants et (d) étonnants comme je les aime. Prêt pour une visite très particulière ?

Tu entendras passablement parler des Arsenaux de Sion et des Archives cantonales dans les semaines qui suivent. Après quasi un quart de siècle de chantiers divers, cela se boucle enfin. Durant la conférence de presse du 22 août 2019, les lieux ont été comparés au “Navire amiral de la culture valaisanne” (c’est pas faux, je trouve, perso…). 

Moi, ce qui m’intéresse surtout, ce sont les soutes! Là où se rangeront les archives valaisannes, en-dessous des Arsenaux.

Tu imagines juste qu’il y aura 32 kilomètres et demi de rayonnages mobiles répartis sur trois étages. Tu penseras qu’il s’agit des premières archives de Suisse pensées de A à Z sur des normes de développement durable. L’enveloppe qui entoure les 2 500 mètres carrés de nos mémoires valaisannes résiste à une bombe A, à des inondations. Elle gère température et hygrométrie avec une ventilation mécanique intelligente peu gourmande en courant. Dès le 2 septembre 2019, ces locaux se rempliront petit à petit durant six mois, libérant les sept dépôts loués. Tout ça et bien plus (les détails de la fête qui débute le 31 août 2019), tu le liras chez mes collègues. Par conscience journalistique, je te mets une petite galerie de la conférence de presse où diverses autorités ont porté des cartons d’archives sur les lieux de leur future conservation

J’ai eu envie d’aborder cette mutation autrement, d’une façon surprenante et (d) étonnante.

J’ai demandé à Alain Dubois – notre archiviste cantonal – de choisir 10 objets symboliques dans les trésors conservés. Voici son choix subjectif et assumé.

1 – L’acte de réunion du Valais à la Confédération : 1815

« Il date du 4 août 1815 et il règle le sort du Valais en cinq articles. Notre canton doit s’acquitter de 9 600 francs, s’engager à fournir un contingent de 1 280 hommes, soit le 2 % des 64 000 habitants de l’époque. Ce chiffre correspond à la démographie du Valais en 1350 avant que la Peste Noire ne frappe. Parmi les signataires, on remarque un Gaspard-Eugène de Stockalper qui avait louvoyé depuis 1798 à travers sept régimes successifs. »

2 – Le traité de renouvellement d’alliance entre le Valais et la France : 1657

« Il s’agit d’un parchemin qui remonte au 3 mars 1657. Depuis 1515, le Valais peut fournir des hommes aux services du Duc de Savoie, du Roi d’Espagne ou d’Autriche. Ces contingents, ainsi que des pensions ou le commerce du sel se négocient avec le roi de France, en l’occurrence Louis XIV qui a 19 ans à cette époque. C’est Gaspard de Stockalper qui se rend à Versailles, un homme qui doit sa fortune en partie à la vente d’escargots. Il va mégoter sur chaque virgule du traité à un tel point que Louis XIV le traite de rustre des montagnes.»

3 – Corpus Juris Vallesi : 23 mai 1571

« Jusqu’en 1571, les lois reposaient sur l’oralité, il s’agissait d’un droit coutumier. Dans ce document, avec les sceaux de l’Évêque Adrien de Riedmatten, du Chapitre de la Cathédrale de Sion et des sept dizains d’alors, tout est mis sur parchemin. Il traite sur 172 articles des droits de succession, notamment avec les enfants illégitimes qui étaient nombreux à l’époque. Il légifère tous les aspects sociaux, fixe les peines, les tutelles… Il sera utilisé jusqu’en 1855! »

4 – La plus ancienne carte représentant le Valais : 1540

« Elle a été achetée sur e-bay vers 2010 par Claudy Raymond. Il l’a faite restaurer et l’a mise en dépôt chez nous pour 30 ans. Cette carte remonte à 1540-1542. Au XVIe siècle, les cartes n’avaient pas de fonction géographique et bien plus politique. Celle-ci nous montre un très grand Haut-Valais Supérieur et un très petit Bas-Valais inférieur… »

5 – Milieu du XIIIe siècle, un missel adapté à l’usage du Diocèse de Sion

« Ce missel vient d’Ernen. Il adapte la liturgie aux besoins du Diocèse de Sion. À savoir qu’il comprend les Saints, les fêtes et les chants liés au Valais de l’époque. La mise en page y est magnifique. Sur les bords, on remarque les petits trous laissés par les clous sur lesquels on tendait des fils qui assuraient une écriture sur une ligne droite. Ce missel a été nettoyé et pas restauré. »

6 – Carnet d’Henry Wuilloud, rédigé dès 1912

« Les archives que nous avons de lui prennent 25 mètres linéaires ! Ce premier ingénieur agronome du Valais notait tout, vraiment tout, dans ses carnets. Presque chaque jour, il parle de la météo sur son domaine viticole. Le 4 février 1912, on apprend qu’il est tombé 20 centimètres de neige. Que le 5 juillet, le mildiou est arrivé. Que le 15 février 1929, la température était de -29 à Châteauneuf. C’est un personnage fascinant, doté d’un fort caractère, qui s’est brouillé avec tout le monde. »

7 – Procès-verbaux de La Diète, août 1620

« Depuis la fin du XVe siècle, nous avons tous les procès-verbaux de La Diète qui suivent les débats législatifs du Valais. À l’époque, ils sont rédigés en allemand qui est la langue du pouvoir. On peut se rendre compte que les problématiques rencontrées traversent les siècles. On y parle de l’entretien des berges du Rhône qui n’est pas assuré correctement par les communes… »

8 – La Bulle du Pape Jules II : 1509

« C’est sous le règne du Pape Jules II que s’est construit la Chapelle Sixtine. Ici, en 1509, il permet à Mathieu Schiner de fonder une confrérie dédiée à l’Immaculée Conception à la Chapelle Sainte-Théodule. Cette écriture humaniste se lit comme le journal et les lettrines représentent avec finesse des végétaux. »

9 – Le registre des immigrés : 1870

« C’est un document administratif qui suit, commune par commune, les Valaisans qui sont partis à l’étranger. Certaines ont joué le jeu pour tenir des listes précises, d’autres pas du tout. On sait la date du départ, la profession de celui ou celle qui s’en va et sa destination. Cela peut être l’Amérique du Sud, du Nord, l’Afrique. En Algérie, le Valais a réalisé des immigrations de débarras, à savoir qu’on y envoyait les crétins du village. Ceux-ci ne survivaient pas longtemps sur place et cela a créé des problèmes diplomatiques avec la France. »

10 – Les Six âges du monde, fin du XIVe/début du XVe siècle

« Il s’agit du récit de la création du monde avec beaucoup d’illustrations. Il a été réalisé dans un atelier du Nord de la France. Déroulé, le parchemin s’étale sur 8 m 50 ! Ce document se trouvait dans la bibliothèque de Georges et Walter Supersaxo à la fin du XVe siècle, soit cent ans après sa rédaction. Il existe à Reims un second exemplaire des Six âges du monde qui est un peu plus coloré que celui que nous avons à Sion. »

Voir le document en entier: https://www.e-codices.unifr.ch/fr/aev/S-0109/

Joël Cerutti (texte et photos conférence de presse)

Sinon photos de Claude Bernhard (mille mercis à elle!)

Cette approche ludique de notre Histoire vous est offerte par www.valaisurprenant.ch. N’hésite jamais à la partager pour faire connaître le site.