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Vladimir Granziero a été assez à l’est pour reprendre le Café du Nord sans se sentir à l’ouest. Chez lui, côté réparties, c’est aussi vif que dans le Sud. Accroche-toi à tes vertus cardinales, sans te déboussoler, je te narre son parcours (d)étonnant.

En retraite anticipée, Vladimir Granziero (63 ans) se paie des journées de 12 à 15 heures (« sans manger à midi ! »). Ce qui dit un gros « dommage » à sa vie sociale.

Ce faux bourru barbu n’envisage même pas de se verser un salaire et trace une grosse croix sur les pourboires. « L’autre jour, j’avais dans les 8,70 francs de bonne main, à coup de 10 centimes, j’ai pu oublier. C’est de l’esclavagisme ! »

Pour te la jouer cartes sur table, Vladimir Granziero a repris le Café du Nord (à Sierre) … parce qu’il voulait DORMIR !

« À mon âge, je ne le fais pas pour l’argent. Ce qui m’importe c’est de payer les fournisseurs et ma seule employée. »

Tu as mordu à l’hameçon? Je remonte les autres lignes, que tu comprennes mieux et bien.

Avant, lorsqu’il postait sur Facebook, Vladimir déboulonnait les CFF. À juste titre. Car se taper Sierre-Genève, Genève-Sierre, au quotidien, avec la ponctualité aléatoire de nos rails, il y avait comme matière à… Il existait comme une malédiction Vladimir, un sort jeté sur les horaires ! Des retards, des annulations comme s’il en pleuvait…

Depuis le 2 avril 2019, Vladimir publie sur FB du Café du Nord, encore du Café du Nord, toujours du Café du Nord.

« C’est du teasing, parce que ça défile… »

Entends par là (ou par autre part) que déjà le gratin politique valaisan adore se chauffer la voix dans son bistrot. Lorsque Pascal Couchepin et Philippe Nantermod dédicacent leur ouvrage commun à Sierre, cela se passe au Café du Nord chez Vladi. De gauche, de droite, du centre, tendance citoyenne, ils lèvent tous le coude au Café du Nord chez Vladi.

« J’ai créé le slogan : « Au Café du Nord, on est apolitique mais on adore en parler ! », ceux qui viennent le savent ! », assure ce PLR pure souche.

Patron derrière le comptoir, cela ne le dispose pas non plus à une diplomatie sur le tard.

« Je ne me suis jamais gêné de dire ce que je pense… »

 « Il reste chaud bouillant », ajoute sa compagne, Laetitia Massy.

À Sierre, le Café du Nord se situe à la Rue Borzuat 58, à la Place des Noctuelles, en face de L’Épicerie du Nord (fermée et dont les volets bleus s’écaillent), pas très loin de l’ex-Restaurant du Soleil (bouclé depuis deux décennies).

« Le Soleil, j’ai essayé de le louer pour y entreposer du matériel. Je ne savais pas que les lieux appartenaient à un PDC endurci qui m’a envoyé balader. Je croyais qu’avec le temps, cela s’était pacifié. Eh bien non ! » Il semblerait, par ailleurs que le Café du Nord soit estampillé « stamm radical » depuis belle lurette. Même s’il a connu une cure de jouvence voici 5 ans, l’estaminet, pourrait être un des plus vieux encore ouverts sur Sierre. « Il doit bien avoir dans les nonantes ans et quelques d’activité », estime Vladimir. Quasi pile-poil dans le patrimoine! D’ailleurs, le matin, sur le grand écran télé du bistrot, le patron impose la chaîne « Toute l’Histoire » à sa clientèle. « C’est ce que j’appelle « L’Heure Culturelle ! » ! Les émissions sont regardées, puis commentées. Tu découvres que celles et ceux qui viennent pour l’apéro sont bien plus intéressés par l’Histoire que ce j’aurais pu croire ! »

Dans ses grandes histoires à lui, Vladimir fait corps avec passablement de métiers. Le noyau de base (dès juin 1972), c’est monteur en chauffage. Suivent (et j’en oublie), plombier couvreur, agent d’assurances (1985), propriétaire de l’Hôtel du Curling à Crans-Montana (1988). « Il coûtait 3 millions et demi, j’ai mis 1 million cash » Vladimir passe, pendant qu’il y est, une patente toujours valable. Même après sa faillite en 1996. Le revoilà case départ monteur en chauffage d’abord à Zurich et surtout à Genève durant vingt ans.

« J’ai commencé comme ouvrier – j’avais deux gamins à nourrir, je ne pouvais pas me permettre d’être dépressif ! – j’ai fini bras droit du patron… »

L’existence de Vladimir tient un peu de la boule de flipper. Gamin, il commence ses écoles à Sierre. Sa mère souffre d’un gros mal du pays ? La famille repart – par pour longtemps ! – en Vénétie où son père rame côté travail. Un meilleur emploi se présente sur Sion? Redéménagement. Puis, entre sa 4e et 5e primaire, Vladimir se fixe pour un bail à Crans-Montana.

En ces terres, il entre en politique radicale. « J’avais la nationalité italienne et le permis C, je ne pouvais pas voter. Mais on a su m’expliquer que d’être dans un parti, c’est comme un abonnement au ski-club, il suffisait de payer la cotisation pour devenir membre. » Ce qu’il commence dès l’automne 1979. Pourquoi Radical, lui digne fiston d’ouvrier ?

« Parce que j’aime être libre d’exprimer mes idées. »

 Président du PLR sur Sierre, il s’investit dans la stratégie de campagnes communales, cantonales et fédérales. Ouaip, môsssieur ! Séparé, il tombe raide dingue d’une radicale conseillère communale, Laetitia, en octobre 2011. À présent, il s’est décidé à prendre la nationalité suisse, passant tous les examens requis. Sa candidature devrait être validée entre l’automne 2019 ou le printemps 2020.

« Si je ne deviens pas Suisse, je ne comprends plus rien ! J’ai l’accent et les connaissances ! »

 Un passage qui devrait être fêté, à n’en point douter, au Nord…

À 22 heures (ou minuit) tapantes et précises, il bouclera l’établissement, montera un étage plus haut dans son appartement, dormira du sommeil du juste. « Cela me fait mal au cœur de dire « non ! » aux gens pour des tournées après 22 heures. J’ai assez râlé quand c’était d’autres qui tenaient le café et fermaient à pas d’heures. Par respect envers moi-même et mon sommeil, je me tiens strictement à MES horaires ! » Comme ça, c’est dit, non ?

Joël Cerutti

Café du Nord, page Facebook

PS : Par transparence, j’ajoute que Vladimir appartient indirectement à ma famille. Sa compagne, Laetitia est la fille du frère de la défunte femme de mon oncle paternel Francis. Tu relis lentement au cas où…

 

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