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Jules César tel qu’en lui-même et sur gravure… Sa “Guerre des Gaules” arrange parfois les faits d’armes de ses armées à son avantage.

La perception de la bataille d’Octodure (-57 avant JC) n’a cessé de changer selon les époques et les historiens. Les Romains ont-ils triomphé de nos ancêtres celtes ? Si oui, pourquoi ont-ils plié bagage ? Au final, tu auras une réponse entre le oui et le non. Amusant, n’est-il pas ?

 

Netfflix programme depuis peu « Barbares », une série européenne en six épisodes. Elle tourne autour d’une bataille – celle de Teutobourg en l’an 9 de notre ère – où trois légions romaines se sont pris une sanglante déculottée face aux tribus germaniques. Le verdict quant à l’issue des combats ne laisse planer aucun doute. Les Romains se sont dès lors abstenus d’aller se frotter aux gaillards du Noooorddddddd.

Image de promo pour la série “Barbares” sur Netflix.

Bataille il y eut aussi entre Romains et nos ancêtres celtes, les Véragres et les Sédunes, installés dans ce qui deviendra le Valais. Qui a vraiment gagné ? Beeeennn, comme dirait le préhistorique humoriste Fernand Raynaud : « Ça dépend, si y’a du vent, si y pleut… »

Sur ce qui s’est passé en l’an – 57 avant JC, il n’existe qu’une seule source : « La Guerre des Gaules » de Jules César. Ce texte peut s’accepter au pied des lettres de notre empereur. Tu as aussi la permission de lire entre les lignes. Quoiqu’il en soit, la bataille d’Octodure déclenche une douce guéguerre d’interprétations.

Première école : les Celtes se sont pris une branlée

Légion romaine propre en ordre, photo Wikipédia.

Je te prends la première école, celle qui décalque César. En voici un échantillon tiré de L’Abrégé de l’histoire du Valais à l’usage des écoles (Édité à Genève par H.Trembley, 1890). Cela commence par des considérations sur les Celtes et leurs goûts en décoration extérieure.

Cette vision perdure un bon demi-siècle si l’on se fie à cet écrit du Nouvelliste (26 novembre 1939), qui utilise néanmoins l’oxymore « défaite glorieuse ».

 

Seconde école : César minimise sa pâtée

Les Sédunes lors de la bataille d’Octodure, illustration tirée de l’ouvrage “Des Alpes au Léman, images de la préhistoire” (2006) – André Houot (dessin), Jocelyne Charrance (mise en couleur)

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la sensibilité glisse vers une autre vision. Témoin cet article déniché dans Le Rhône, édition du 4 mai 1945.

 

En 1967, dans les Échos de Saint-Maurice (tome 65), le titre de Pierre Dubuis indique : « La première tentative de conquête romaine en Valais ». « Tentative », ça te donne un fort indice sur la suite. Pierre Dubuis aborde les écrits de César sous un autre angle car Jules n’utilise jamais les mots à la légère.

Ces dernières semaines, lorsque je me mis ce sujet en tête, je partis casser les pieds à mes amis archéologues. Aurélia Basterrechea abonde dans la voie ouverte par Dubuis. « Selon les différentes interprétations et analyses de la guerre des Gaules, on sent César très emprunté à la rédaction de cet épisode ». Romain Andenmatten résume l’épisode en : « Ce n’est pas une victoire romaine mais au final ce sont quand même les Romains qui ont gagné ! » Lui et Philippe Curdy me renvoient vers une étude méticuleuse rédigée par Michel Tarpin en 1987. Quelques extraits ? Quelques extraits…

Galba, une représentation libre de toute réalité historique.

 

Dix ans plus tard, peut-être influencé par Michel Tarpin, Le Peuple Valaisan (édition du 31 janvier 1997) crie lui carrément à la victoire.

 

La victoire des pépètes

Dans un résumé tendancieux qui n’engage que moi, je dirai que les Romains ont senti que le temps serait leur allié ultime. Galba n’a pas voulu s’entêter face à des Acharnés celtes qui allaient lui pourrir la vie s’il s’incrustait à Octodure. Dès lors, tout ce beau monde antique a semi-gagné ou à moitié perdu selon les angles d’attaque !

Représentation de la bataille d’Octodure, sur un des vitraux réalisés par Edmond Bille en 1949 dans l’Hôtel de Ville de Martigny.

Les Romains usèrent la résistance des Celtes par un autre nerf de la guerre : l’argent. Nos ancêtres, peut-être même avant la bataille d’Octodure, auraient déjà noué des liens commerciaux avec Rome. Dès lors, d’un côté comme de l’autre, plus question de piller ses propres coffres-forts. Les bons comptes font…

Joël Cerutti

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