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À la base, je rencontre Corrado Bee pour un oracle basé sur ses photos. Ce qui est rarissime. Au final, je découvre qu’il purifie des espaces et pratique le yoga depuis 1984. Un précurseur ! J’aime quand les conversations ressemblent à des poupées russes, où les surprises se révèlent par ouvertures successives.

 

Il existe bien des similitudes entre la pétanque et l’oracle. Lesquelles ? Tu pointes (une question, une interrogation, un bidule qui te tarabuste) et tu tires (une carte). L’avantage de l’oracle sur la pétanque ? Il se révèle plus silencieux. Ce samedi matin de novembre, dans l’atmosphère surannée et feutrée de l’Hôtel-Pension-Beau-Site, Corrado Bee teste sur moi son prototype d’« Oracle de la Nature enchantée ».

De ma pioche sort une photo avec un tronc d’arbre, coupé en largeur où plane comme une tache blanche sur les stries. « Cela t’inspire quoi ? », me questionne Corrado Bee. Ben, comme une aile de papillon, symbole de légèreté, que je décolle libre tel le Max.

Il sourit. Mon interprétation rejoint un peu la sienne. Chez lui, cette carte porte le titre de « La sorcière et la plume blanche » qui me dit que « Mes ailes sont immenses » et que « mon pouvoir sur moi-même n’a pas de limites : je peux agir, ordonner, transformer. » Yeeesss !!! Je change les heures à venir en interview entre deux plats végétariens.

Cet oracle, Corrado Bee l’a conçu dans les gouttes qui perlent au sortir d’une hutte de sudation. « À cette époque-là, j’ai découvert le chamanisme, j’ai ressenti un lien très fort avec la Terre et la Nature… »

Acte un : Corrado associe ses balades au très grand air avec une autre passion immatriculée DMC-FX01. Il s’agit d’un Panasonic Lumix qui n’est pas un personnage sorti d’une BD d’Astérix et bien un petit appareil photo qui tient dans la main, qui tient dans la main (bis: répétition volontaire en hommage au sketch de Coluche).

Il mitraille tendrement, Corrado, il entre dans le sanctuaire de l’infiniment minuscule où les détails, si tu t’accordes le temps de l’observation, prennent de la belle netteté. Corrado se laisse fasciner par « une simple pierre qui sourit », « un arbre abattu par la tempête et qui offre ses racines au soleil », « les aiguilles de mélèze qui s’assemblent pour dessiner une fille qui sème le feu ».

Acte 2: sur vingt mois, il s’offre dans les 6 000 clichés, dont il expose une sélection. Dans la salle à manger de l’Hôtel-Pension-Beau-Site, il y a du Bee aux murs. Les étages supérieurs accrochent d’autres clichés. « Un œil sensible qui capte instantanément les formes cachées », rédige l’écrivain Jérôme Meizoz au sujet de cette démarche artistique (et dans les sous-bois aussi). Des motifs dissimulés, les rétines des visiteurs en remarquent pas mal. « Les gens m’ont beaucoup surpris parce qu’ils trouvaient ou voyaient dans les photos ce que je ne voyais ou ne vois pas toujours moi-même », écrit Corrado dans un texte de présentation (pratique, je peux puiser dedans et on peut savourer l’entrée du repas, une soupe, en toute quiétude). « Chacun, à partir de ces petits univers voit son monde », me rajoute Corrado en live (je lâche la cuillère, je reprends le stylo).

Acte 3: se dessine l’idée d’un oracle (tiré au format des cartes de tarot) où l’interprétation « se fait directement à partir de l’image ». Après, si tu insistes, Corrado a mis des mots sur sa propre sensibilité. « Le texte apporte une suggestion, une incitation, une clé possible, mais jamais je n’ai voulu restreindre l’interprétation des images par le texte », poursuit-il, noir sur blanc, dans sa présentation (pratique (bis), le plat principal, un risotto, arrive !) Je t’ajoute que cet « Oracle de la Nature enchantée » possède une singularité propre car rarissimes sont ceux qui se basent sur des photos. D’ordinaire, le dessin prévaut, avec des degrés divers dans la réussite et l’esthétisme… Acte 4 : Corrado se cherche un éditeur, il dresse des listes de contact, son oracle lui suggérera les pistes à suivre. Rideau? Ah que non.

Le parquet de l’Hôtel-Pension-Beau-Site (posé en 1912) craque, cela me rappelle un chalet où j’habitais jadis. Son défunt propriétaire aimait se manifester et j’avais demandé à Céline Sommer – que Corrado connaît fort bien – un cht’it nettoyage. « Je pratique aussi la purification d’espace… », me confie-t-il alors. Depuis cinq ans, il lui arrive « de mettre une nouvelle énergie dans une maison ». Celle-ci rejoint des vœux posés par la personne qui y vit. Cette symbiose naît après des rituels précis. « Ce côté cérémoniel me convient bien et il permet aussi de prendre son temps », apprécie Corrado. À ce que je note en vrac, il se situe dans les enseignements, entre autres, de Lucy Harmer. La purification te réclame deux journées entières où tu ne dois pas avoir consommé d’alcool avant ni commis des galipettes. De la pure abstinence… d’ailleurs nous buvons du thé au moment de notre rencontre. Rideau? Toujours pas!

Aux approches du dessert, Corrado descend aux racines de ses passions : le yoga dont il est adepte depuis trente-cinq ans ! Aujourd’hui, chacun.e se pique de pratique. « On pourrait presque imprimer un t-shirt avec l’inscription : « T’as où le yoga ? », c’est devenu courant… », estime Corrado. C’était naguère plus singulier.

Lors de ses études à Genève, vers 1984, notre Martignerain de naissance (originaire de Vénitie) emprunte la « voie de la non-dualité » avec Jean Klein comme maître spirituel. Il s’y est tout de suite « senti comme un poisson dans l’eau ». Alors que ses potes de fac, qu’il avait persuadés de suivre un cours, n’avaient « pas arrêté de se marrer dans la lumière tamisée et la fumée de l’encens. » Corrado apprécie que le yoga mette « l’ego en panne sèche » pour ne plus être « séparé du reste du monde », il permet d’être « dans l’attente sans attente ».

La pratique quotidienne débouche sur une année sabbatique où Corrado fréquente une école de yoga en Inde. Avec diplôme daté de décembre 2017, il se sent légitimé pour enseigner. Il garde sa place de prof au collège de l’Abbaye à St-Maurice (Italien et français) et donne des cours de yoga à Martigny, voire ici, à Chemin-Dessus, où nous finissons le dessert.

Hôtel-Pension-Beau-Site, les photos, l’exposition, le yoga, l’oracle, tout s’interpénètre et se complète dans une unicité qui me stupéfie moi-même. Au café, Corrado me pousse à retirer quatre cartes avec une question. Bon. D’après elles, il paraît que je suis à l’aube de me (re)mettre en couple… Mais quelle charmante idée ! Une info qui me trouble un peu. Je conduis comme une patate germée au retour de Chemin-Dessus. Rideau, cette, fois, oui.

Joël Cerutti

Page FB Le yoga que j’aime: https://www.facebook.com/corrado.bee/

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