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Mirza Zwissig, un des rares clichés qui la présente au travail. Photo (recadrée) de Robert Hofer, taille originale en fin d’article.

 

Dans l’histoire de la peinture valaisanne, Mirza Zwissig est une pionnière. Dès la fin des années soixante, en tant que femme, elle entame une rare démarche: celle de l’art concret. Disparue voici 25 ans, elle a mené une carrière trop discrète, se contrefichant de la renommée. D’ici quelques semaines, un exposition au Château de Venthône lui rendra un premier hommage posthume et mérité. Portrait.

 

« Y’a rien… » Ces petits mots sont tombés lorsqu’il a été question de réaliser une expo commémorative sur Mirza Zwissig, Ce qui est vrai et faux. Sur internet, il y a des miettes de traces, des reliquats d’intérêts dispersés de ci et de là. Mirza a quitté ce monde aux aurores de Google et les robots de ce moteur de recherche sont de grandes feignasses. Si tu ne leur donnes pas de quoi trouver, ils reviennent bredouilles. Tu te dois d’explorer autrement pour ramener ce qui est. A la demande d’Angelo Zwissig, frère de Mirza, j’ai plongé profond et ramené ceci. Le texte qui suit constitue une plaquette de 64 pages imprimée en nombre limité qui sera en vente dès le 18 avril au Château de Venthône. Avec la permission d’Angelo, je le publie sur mon site pour donner à manger aux petits robots de Google, que Mirza sorte de l’ombre, qu’elle soit référencée. Et du coup, certains pourront dire: « Y’a quêque chose… ». Sous-entendu: « Elle existe ! » Je veux, mon neveu, et pas qu’un peu!

On a retrouvé Mirza

Parmi mes premiers souvenirs d’enfance se trouve la 2 CV de Mirza Zwissig. Il semble me rappeler qu’elle avait remplacé le pommeau du levier de vitesse par une balle de tennis. Et surtout qu’elle approchait le Code de la route avec une sensibilité qui lui était propre. « Mais le monsieur est si gentil qu’il va me laisser passer », espérait-elle en lui carbonisant sa priorité. Geste galant que « le monsieur si gentil » exécutait dans un grand bruit de freins écrasés. Il arrivait que Mirza cale en montée – celle de Platta, à Sion – sans doute aussi dans un rapport particulier entre son pied droit et l’embrayage.

Mirza nous embarquait – mon père Gustave, ma mère Vérène et la version taille enfant de celui qui rédige ces lignes – dans de longs périls sur quatre roues. Ils nous conduisaient en France, à Grenoble. Nous allions y tailler le bout de gras artistique avec des peintres (le trio Carrier-Dody-Unal). Nous roulions sur des routes cantonales – par absence temporelle d’autoroute car nous sommes là en 1970 – et cela prenait des heures et des heures. Allongées parce que Mirza empruntait des itinéraires à l’instinct sans écouter le GPS humain à ses côtés, à savoir mon père. Le passage à la frontière ? Mirza avait dû endurer pour la énième fois une allusion (du douanier en l’occurrence) concernant la chanson de Nino Ferrer avec un prénom homonyme…

Infernale station

Plus tard – mais un poil de pinceau par rapport à l’Éternité créatrice (c’était pour quand même mettre un mot sérieux au départ) – j’ai parlé avec Mirza à titre journalistique.

Une longue après-midi d’automne 1988, elle s’était répandue en invectives argumentées contre une station qui lavait les voitures en face de son domicile, le Petit Lac, Sierre.

Je la connaissais plutôt réservée. Là j’avais la version 2.0 de Mirza froidement furibarde.

La commune de Sierre avait laissé se construire cette chose bruyante, à la limite de la légalité et des règlements, sans broncher. Aussi quand elle avait voulu acheter une œuvre à Mirza, l’artiste écolo leur avait proposé une simple cassette avec l’enregistrement des décibels produits par la station de lavage. Le tout pour quelques milliers de francs !

Composition N – 70×50 cm – 1989 – Gouache sur papier

Le lundi 28 novembre 1988, dans Le Nouvelliste et sous mon abréviation (joc), je traitais d’une exposition de la Société des peintres, sculpteurs et architectes suisses (SPSAS) aux galeries de La Treille et de la Grande Fontaine. Mirza figurait parmi la vingtaine d’artistes mobilisés. Je prends le grand plaisir égotique à me citer : « Plus revendicative, Mirza Zwissig présente, documents sonores à l’appui, les « nuisances intolérables » qui avoisinent son atelier sierrois. »

Née, appliquée et primée

Ces mots marquent les seuls rédigés par mon clavier sur cette femme si proche de ma famille. Je trouve qu’il est temps de remédier à cette concision indigne de son talent. Autant Mirza montrait quelques légèretés au volant, autant elle pilotait sa démarche artistique avec une rigueur ascétique.

Comme je garde ma casquette de reporter, et si je creuse dans les archives, la première trace chronologique et imprimée dans la presse remonte au 29 septembre 1942 dans le journal La Patrie valaisanne. Le journal y publiait les avis de naissance. À l’Etat-civil de Sierre, août 1942, Mirza se retrouve en page 3 et venue au monde en numéro 18 sur la liste, de Louis et de Mirza-Battistina-Filomena, née Bavelloni. Sa date de naissance s’avère le 15 août. J’ai même encore trouvé une indication au 16 août dans une revue d’arts ou du 1947 dans Le Journal de Sierre, dans un hommage. On ne peut même pas faire confiance à la presse de l’époque… Pffff!

Un logique bond temporel plus tard, Mirza revient dans le monde créatif, cette fois, au 31 mai 1955. Le Rhône, Le Confédéré ainsi que Le Journal et Feuille d’Avis du Valais nous signalent le prix Portique qu’elle reçoit « pour ses planches d’art appliqué ». Dans une lettre adressée le 2 juin 1955 à Mirza par Fred Fay (directeur de l’École Cantonale des Beaux-Arts du Valais), l’institution délivre des compliments à son élève. « Notre école vous félicite chaleureusement pour votre travail tenace, très propre, de votre discipline exemplaire, ainsi que pour votre tenue toujours irréprochable. »

À ses débuts (et lors de ses études aux Beaux-Arts), Mirza sera une femme de prix.

Celui de « décoration » (14 juin 1956 dans Le Journal et Feuille d’Avis du Valais). Celui de la Librairie Armand Revaz (juin 1957, année où elle obtient son certificat). Celui de « 200 fr. du Musée des beaux-arts de la Majorie » (août 1958), celui de Spillmann (juin 1961).

Je reviens juste un moment sur les « 200 fr. » de la Majorie. Selon une lettre du 16 juillet 1958, il s’agit du montant que souhaite régler son directeur Albert de Wolff pour « une grande toile de la vieill (sic) Ville que tu as peinte les derniers temps depuis la fenêtre de l’école », explique Fred Fay. « Ci-joint le bon, si jamais tu dis « oui » (…) Si jamais tu ne voulais pas la vendre, il faudra alors m’écrire et me retourner le bon. » Dans les archives fournies par Angelo Zwissig, il me semble bien avoir retrouvé ledit bon, daté du 16 juin 1958. Pas renvoyé, pas touché ?

Dactylo et quelques lieux communs

Mirza semble aussi comprendre que l’art, le beurre et les épinards cohabitent difficilement en trio. Le 27 mars 1959, La Patrie valaisanne informe la population sur l’identité des jeunes gens fréquentant l’École supérieure de commerce. Mirza y décroche une Note 2 en dactylographie dans le « Concours des 60 mots », honneur qu’elle partage avec Vérène Zufferey, ma maman, voilà pourquoi je m’offre une infinie joie de vous le signaler.

En dehors des touches, Mirza hérite des premières impressions sur ses créations alors figuratives. Juin 1957, Le Journal et Feuille d’Avis la glisse dans la liste des artistes qui « méritent beaucoup d’encouragements et de félicitations ». En août puis septembre 1958, avec d’autres collègues des Beaux-Arts, elle expose au Château de Villa puis à l’Hôtel de Ville de Martigny. Sur Sierre, La Patrie valaisanne la classe dans « les artistes en herbe ». À Martigny, l’article du Nouvelliste écrit : « Les natures mortes ont tenté les pinceaux habiles de Mme Mathilde Spagnoli, de Mirza Zwissig, de Philippe Schmid. » Fin 1958, dans « Une grande exposition et une louable initiative », le rédacteur du Rhône voit dans les tableaux accrochés à la Majorie « la renaissance des arts valaisans » et goûte « les paysages émouvants » de Mirza. Toujours dans la critique collective (et quand même un peu à la truelle des lieux communs), Jean Broccard relève en juin 1961 « le pouvoir de suggestion, l’équilibre et la sobriété de leur composition, la bienfacture de leur exécution » dans Le Nouvelliste. Mirza entre dans la liste des peintres bénéficiant de ces adjectifs.

Quelques mois plus tôt, fin janvier 1961, elle a déposé sa thèse « Emadoz, la peinture sur vases » qui décortique sur une trentaine de pages des céramiques réalisées par des artistes grecs et très anciens… « Je t’avais déjà dit que tu avais bien fait de choisir ce thème », la félicite Fred Fay par lettre manuscrite du 31 décembre 1960. Le diplôme de fin d’études de l’Académie Cantonale des Beaux-Arts du Valais est ratifié, paraphé, signé, tamponné le 9 juin 1961. Mirza partira vers d’autres horizons affiner sa formation, je te renvoie à la plaquette qui synthétise sa biographie.

Première critique, soins du ménage, expo d’un seul jour

Le 9 septembre 1965, dans Le Nouvelliste, Aloys Praz lui dédie enfin des lignes particulières. Même s’il n’indique pas de quelle exposition il s’agit son « Noté chez les artistes valaisans contemporains » ne lésine pas sur les envolées lyriques et de style. « Émancipée de l’élément trop concret, sa palette, son « industrie » s’attache à recueillir le maximum des impressions que reflète un rayon de sérénité traversant l’objet quel qu’il soit, stimulant le végétal, embrasant les nuages à l’heure où le soleil apparaît… à recueillir l’ultime sentiment que suggère un contact direct avec la joie de ce qui grandit harmonieusement ou avec la tristesse d’un être contrarié en ses légitimes aspirations. » Wouah, tout ça en une phrase !

Au cas où cela t’aurait échappé, Mirza Zwissig est une femme.

Quelques mois auparavant, le 2 juillet 1965, M.Z. s’en aperçoit dans un long papier imprimé dans La Feuille d’Avis du Valais. « Ce n’est pas inutile de le souligner : les femmes-peintres sont nombreuses dans notre pays et ce fait aussi est significatif. » L’auteur cite alors toutes celles qui sont sur le catalogue d’une exposition à La Majorie, dont Mirza. « Elles attestent toutes que la femme valaisanne n’est plus condamnée aux seuls soins du ménage. Un sociologue trouvera manière à réflexion dans cette nombreuse présence féminine en un secteur de l’activité créatrice où jusqu’ici c’est leur absence surtout qui s’imposait. »

Présente en dehors de sa cuisine et délaissant l’aspirateur, Mirza s’amuse.

Rideau – 61×46 cm – 1966 – Huile sur toile

Le samedi 22 octobre 1966, à la cave de la Pinte Tous Vents à Sion avec six autres artistes, elle présente ses œuvres dans « une exposition qui ne durera que le soir de la manifestation ». L’invitation est lancée « en marge des officines officielles » par « quelques jeunes romands ». « Leur souhait dès à présent : se réconcilier au plus vite avec les susceptibilités qui y seraient déjà froissées. La justification de leur audace : ils sont plus de trois et – chose rare en Helvétie – ils n’ont pas fondé d’association. » Le vernissage mis à part, des lectures et un concert de jazz marquent cette initiative.

Hors des sentiers battus avec des gouttes de lumière

Mirza s’amuse, donc, évolue du figuratif vers d’autres champs créatifs. Ce qui sème dès lors quelques perles rédactionnelles lorsque le chroniqueur se doit de retranscrire ce qu’il observe sur les cimaises. Les mots viennent aisément dans ce qui se peint « bien » pour l’époque. Dès que le registre change les mots s’empruntent dans le choix de l’embarras. Mirza « plasticienne », qui ne peint plus la « viell (re-sic) ville de Sion » se dévoile le lundi 13 octobre 1969, peu après la vaste exposition des Peintres Rhodaniens, à l’école de Borzuat de Sierre. À la Maison des Jeunes, deux cents mètres plus bas, elle vernit une vingtaine d’œuvres.

Le Nouvelliste décrit « un ensemble peu commun d’une tendance nouvelle de la peinture ». « Très graphiques, poursuit le rédacteur anonyme, ces compositions, exécutées avec des matériaux modernes, sortent des chemins battu (sic) de l’art figuratif. » Une photo immortalise l’œuvre « Ouolcar », « composée d’une plaque d’aluminium sur fond noir ». Une autre photo cadre Mirza entre Isabelle Bonvin et « Mme Cerutti » (toujours ma maman, ex-Zufferey, comme quoi la dactylo créée des liens). Le journaliste promet de revenir dans « une prochaine édition sur cette sympathique exposition », ce qu’il ne fera pas, on ne peut pas se fier aux plumitifs, c’est une constante que je te le répète.

Très souvent avec mon père Gustave, Mirza s’exporte en dehors des alpes valaisannes.

Du côté d’Annemasse (France), en octobre 1971, Mirza tape dans l’œil de celui qui signe De Visu dans Le Progrès de Haute-Savoie-Ain. « Mirza Swissig (sic) opte pour la ligne courbe, la plus séduisante, la plus cosmique et la plus sensuelle à la fois… la ligne préexistante, permanente réalité. (…) Et comme il n’y a pas d’imagination sans les choses, toutes ces petites formes sphériques se détachent de l’artiste en autant de gouttes de lumière où se perd notre regard », s’extasie-t-il dans l’édition du 8 octobre.

 Infinie rigueur et merle des Indes

Dans un autre compte rendu de 1972 – (« Les expositions de Charavines »), René Deroudille se montre plus descriptif. « Mirza Zwissig impose son nom et son œuvre dans des compositions réalisées au moyen de papiers autocollables de couleurs savamment disposées avec une infinie rigueur. » En mars 1973, le tandem Zwissig-Cerutti investit L’Historial de Nyon (avec trois autres artistes dont le sculpteur Raboud). La Tribune de Lausanne et Ceh. parlent des « collages de Zwissig dont les couleurs luminescentes se marient fort heureusement avec la simplicité du trait et du langage. » « Tout joue sur l’horizontale et sur la verticale mais la sécheresse éventuelle de ces axes, que privilégiait Matisse, est adoucie tantôt par l’arrondi de tous les angles, tantôt par la présence de disques colorés. » À l’entrée de cette galerie – si je me fie à mon hippocampe, siège de la mémoire à long terme – trônait un merle des Indes bouclé dans une cage. Il baptisait d’orduriers noms d’oiseau les visiteurs qui passaient la porte d’entrée. Ce qui n’a semble-t-il pas rebuté Ceh.

 Comme un intermède pataphysique

Lorsqu’elle passait à la maison – avenue du Marché 8, Sierre – Mirza ne rigolait jamais en se tapant à grandes claques sur les cuisses. Lorsqu’elle découvrait les dessins satiriques publiés dans Charlie Hebdo ou Hara-Kiri, elle pouffait avec malice, le regard rieur. Elle avait l’humour discret, ce que l’on retrouve dans sa participation à l’Organisation Pataphysique sierroise (Orgapas). Avec mes parents, plus Martin Zuber et René Forclaz, Mirza s’ingénie à caser Orgapas dans le mémento sierrois, sorte de petit annuaire des sociétés locales. Le Nouvelliste du 14 juin 1973 rapporte les particularités d’Orgapas dans un article intitulé « De l’inutilité… » « Les membres du groupe ne proposent aucune solution politique, morale ou artistique, ils se contentent d’être les observateurs attentifs et souvent amusés de l’état actuel des choses (…) Toutefois, le groupe souhaite étendre ses activités (ou non-activités) à la population tout entière en se faisant le complice involontaire (surtout involontaire) des institutions politiques, financières, religieuses, artistiques et militaires de la place. Il a aussi pour but de se faire reconnaître d’inutilité publique. »

Une discrétion solitaire

Série Oire 10 – 40×40 cm – 1980 – Collage papiers plastifiés

Le vécu de ses manifestations publiques, comme nous y sommes, se ralentit. Mirza ne se roule aucunement les pouces. Elle les montre moins, ses réalisations. Aux débuts des années huitante, dès 1982, elle se cherche des nouvelles expressions par le dessin ou la sérigraphie. Lorsqu’elle revient en solo à la Galerie Fontany de Vercorin, en février 1987, elle décrit dans une quasi unique prise de « Je » sa démarche. C’est rarissime, cela mérite une citation intégrale. « Les éléments plastiques développés dans ma recherche sont la forme, la couleur, l’espace-forme-couleur, le mouvement, la modification forme-couleur, en deux mots la plasticité active. La série permet de développer des idées plastiques en divers éléments et de créer ainsi un environnement plastique. L’expression graphique permet la création de propositions plastiques plus subtiles où l’humour a libre cours. Certains rapports sont logiques et d’autres moins. C’est ce que j’appelle la plasticité active. » Dans Le Journal de Sierre (6 février 1987), Françoise de Preux appréhende avec une acuité pertinente le travail de cette artiste. Elle souligne « cette œuvre d’inspiration assez unique en Valais et réalisée en solitaire, et presque l’anonymat. »

Série Vibra rouge 8 – 50×70 cm – 1986 – Sérigraphie – 12 ex.

Sans concertation aucune, Le Nouvelliste titre, le 3 février 1987, « Trop discrète Mirza Zwissig ». La journaliste (am) donne le ton dès la première phrase. « La fanfaronnade n’est guère du goût de Mirza Zwissig. À l’inverse, cette artiste sierroise pécherait par trop de discrétion. Elle suit un itinéraire plastique qui échappe à toutes les normes commerciales. Âgée de 45 ans, Mirza Zwissig ignore il est vrai la facilité. »

 Histoire de cheveux gris

Membre active de la SPSAS, elle présente encore et toujours ses propositions plastiques hors Valais. À Delémont, en novembre 1989, Jean-Pierre Girod ne boude pas son plaisir dans les colonnes du Démocrate. « Ludique, Mirza Zwissig l’est tout autant dans sa suite sérigraphique que dans les mèches de cheveux qu’elle nous offre en tant qu’hommage à soi-même, à la matière, à l’espace et au temps. » La création capillaire de Mirza interpelle Le Nouvelliste et V.G. « Plus énigmatiques sont sans doute les œuvres de Mirza Zwissig de Sierre. Dans un sachet en plastique, elle nous présentes (sic) quelques touffes de cheveux : ceux qu’elle s’est coupés cette année. Ces belles mèches grisonnantes, au-delà du gag stimulant, questionnent sur le temps qui passe, la vie qui va, etc. »

Espace losange – 50×70 cm – 1988 – Sérigraphie – 15 ex.

 Mimina fait le mur

 En 1989, le magazine 13 étoiles et Françoise de Preux reviennent, dès les premières lignes de l’article, sur « les nuisances intolérables (…) provoquées par une installation de lavages de voiture self-service, dépourvue de protection antibruit et qui fonctionne jours ouvrables, dimanches et jours fériés à proximité d’immeubles d’habitation. » Que Mirza renforce sa fibre verte apparaît comme une évidence. « L’éveil de la conscience écologique est une nécessité », affirme-t-elle « haut et fort » à Françoise de Preux.

Mirza fait « donc entrer l’art en action pour tirer le citoyen de sa léthargie. » Mirza brosse des « dessins botaniques », réunit dans des pots des reliques naturelles, les assemble (tu savoureras quelques exemples dans la plaquette imprimée… oui, je te fais le pitch à donf!)

Elle participe à un concours de projets pour la décoration d’un bâtiment, rue des Terreaux à Lausanne. « Les murs m’ont toujours intéressée. Ils offrent la possibilité de modifier l’environnement par des impacts plastiques de grandes dimensions. Pourquoi le Valais ne lance-t-il pas aussi de tels concours de façades ? »

Plus tard, Mirza imaginera un mur, le Mur. Il réunit en septembre 1996, les alors cinquante-sept membres de la SPSAS Valais. « La consigne de départ était simple : chacun devait fournir un travail sur n’importe quel thème mais en respectant les mesures de la caisse de bois à disposition (50X50X50). » Le résultat final se contemple à la galerie La Terrasse de Sierre sur 16 mètres de long sur 1 mètre huitante de haut. Le public aura uniquement le 21 septembre 1996, entre 11 et 17 heures, pour admirer les œuvres avant que chaque artiste n’emporte sa caisse. Sur une invitation de la SPSAS, le libellé souligne que le quidam est convié à la « Fête à Mirza ». Un hommage original, un tribut de mémoire car, entre deux, Mirza a tiré sa révérence de vie le 28 octobre 1995.

 « L’insoutenable légèreté du non-être »

Photo de Robert Hofer (comme toutes les reproductions des œuvres) décadrée…

Aucune croix sur le faire-part du mardi 31 octobre dans les avis mortuaires du Nouvelliste. Un mois plus tard, l’architecte Joël Chervaz lui bâtit un bel adieu ans le même journal. « Reste une œuvre discrète, peu connue car trop rarement exposée. Une œuvre témoin de plus de trente ans de recherches. Une vie faite de peinture. (…) Pionnière avec Duarte et Cerruti (sic) d’un art purement abstrait et géométrique, son travail est un témoignage unique dans le champ pictural valaisan : un besoin de perfection qui apporte une contribution notable à l’art concret suisse. » Autres mots en mémoire, ceux de mes parents. « Il a bien fallu que tu te raccroches à la géométrie, à la rigueur des contraintes, à l’assise du carré, à la densité du rectangle, sous peine de t’envoler trop vite dans l’insoutenable légèreté du non-être. »

Pour son enterrement, le cercueil aurait dû être porté depuis son éternel domicile-atelier du Petit Lac jusqu’au cimetière, à quelques centaines de mètres de là. Le corbillard a été imposé par les autorités pour des raisons sanitaires.

Tu as  dû comprendre depuis le départ de ce texte que Mimina était en pétard avec les voitures.

La décision administrative n’a sans doute pas amélioré ce ressentiment. Exactement vingt-quatre ans plus tard, j’ai garé ma Fiat Punto 1998 devant chez elle. Il s’agissait de repérages destinés à ce texte, d’un café pris avec Angelo, son frère qui m’accorde la confiance de ces recherches. Entre-temps, il avait été décidé de trier et d’offrir certaines choses (livres, matériel) de Mirza à celles et ceux qui se montraient intéressé.e.s. Dans ma bibliothèque, j’ai rangé quelques ouvrages drolatiques des années septante, des raretés. Au quotidien, j’ai hérité d’une part de Mirza, d’un partage de son esprit, comme d’autres bénéficiaires, comme vous dans toi première exposition rétrospective. Il serait plus que grand temps de (re)faire connaissance avec Mimina, non ?

 Joël Cerutti

PS: L’exposition hommage à Mirza Zwissig sera vernie en mai 2020. La plaquette imprimée pour l’occasion à 120 exemplaires comprendra bien plus de reproductions que celles mises dans cet article.

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